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Jamais je n’étais allé au Pont du Casse, un nom un peu étrange pour une petite ville juste au nord d’Agen sur la route de Cahors. En fait, je connais beaucoup mieux la rive gauche que la rive droite de la Garonne mais je sais donc à présent qu’il y a au Pont du Casse une belle salle des fêtes avec un maire adepte de la démocratie participative et heureux de recevoir en « terrain neutre » un match peu ordinaire.

Vous l’avez deviné il s’agit encore d’enquête d’utilité publique et le terrain neutre permettait d’assister au face à face entre les associations opposées à la LGV et RFF.

L’arbitre prestigieux, Michel Cardoze, a eu quelques soucis pour maintenir le calme et le président des commissaires enquêteurs a affiché un score que nous verrons à la fin du récit. Tout à mal commencé et les spectateurs ont peut-être mal saisi le coup de jarnarc de celui qui jouait en terrain conquis c’est-à-dire André Bayle, la parole de RFF. Pour l’équité du match il avait été entendu que les deux équipes débuteraient par un exposé de dix minutes sans diapositive. Or en arrivant dans la salle, surprise, des grands panneaux étalaient la superbe technologie médias, et l’exposé s’est fait AVEC diapositives. Claude Sémin a donc donné l’autre version du projet, avec papiers en main, après avoir évoqué ce coup de force de l’adversaire, coup de force qui fait écho à toute la méthode du projet répété dans la salle : « passage en force », méthode par ailleurs dénoncée par le dernier rapport de la Cour des comptes. Pour les promoteurs de la LGV, la mise en œuvre passe par une suite de « faits accomplis » qui avant même une décision claire veulent prouver qu’il est impossible de revenir en arrière.

La première conquête du ballon, pour poursuivre la métaphore rugbystique, tenait au coût financier. Comment admettre qu’on se lance dans un projet à 10 milliards sans un sou en caisse ? Réponse : Cette question se règlera plus tard. Sauf que la réponse ne pouvait pas être aussi simple grâce à la machine à noyer le poisson de Monsieur Bayle.

 

La machine à noyer le poisson

C’était ma troisième rencontre avec Monsieur Bayle. La première fois il arrivait tout droit du chantier de Tours-Bordeaux et prenait les rênes du GPSO, pour accueillir les élus à Montauban à l’Etap Hôtel. Sans être un élu je suis donc allé en spectateur à cette réunion où l’ambiance fut beaucoup plus chaude qu’au Pont du Casse. Pour preuve, une partie des élus a quitté la salle de colère ! Monsieur Bayle était là pour afficher l’essentiel du tracé qui revenait globalement à la case départ comme si les « concertations » avaient été inutiles.

La seconde fois c’est dans la rare réunion organisée par des élus, à Bressols, d’où j’ai retenu ce moment très simple : un citoyen demande le coût du projet qui n’avait pas été abordé et Monsieur Bayle se lance dans des considérations aussi diverses qu’inutiles. Alors le monsieur se lève et l’arrête : « Monsieur c’est un chiffre que je vous demande ». Là, Monsieur Bayle, estomaqué par l’interpellation vigoureuse, s’est incliné : « 12 milliards d’euros ».

Avec un projet si vaste, il est aisé d’appliquer cette technique. Tourner autour du pot, sauter du coq à l’âne etc.

Bref, dans la mêlée le ballon est noyé et le jeu pourri. Dans un autre article je vais donner un exemple précis pour ne pas, en ces quelques lignes noyé moi-même le poisson.

 

Expertises contre expertises

Faut-il argumenter ? Une dame a pris la parole pour dire simplement : « je suis contre ». On est en droit de la comprendre quand les pro-LGV non experts disent seulement : « On va créer de l’emploi je suis pour ! ». Donc répondre que le projet prévoit seulement que les emplois du Tours-Bordeaux vont glisser sur Bordeaux-Toulouse puis de façon moindre sur le tronçon vers Dax ! Donc aussitôt il faut en revenir au sens des mots : maintien ou création de l’emploi ? Les pro LGV pourraient dire à juste titre : « On va maintenir de l’emploi, je suis pour. » Et là une autre problématique viendrait se greffer. Oui mais nous on est pour une alternative créatrice de plus d’emplois. Alternative, le mot est lâché et RFF s’était préparé… avec quelques diapositives ! On a donc assisté à ce paradoxe : les promoteurs de l’alternative ne pouvant s’appuyer sur des diapositives, alors que les opposants OUI ! Et preuve que je n’ai pas perdu mon temps, j’ai alors compris la parole d’une employée de RFF prononcée à Pompignan : la rénovation de la ligne existante va détruire plus de maisons que la LGV ! Une opposante a fait appel au « bon sens » pour refuser la LGV mais d’autres appellent aussi au « bon sens » pour la défendre ! « Puisqu’il veulent une nouvelle voie ferrée c’est que l’autre est saturée donc il la faut ! » Ce « bon sens » a été détruit par Claraco car depuis RFF reconnaît qu’il y a de la place sur la vieille ligne. D’où l’intervention d’un participant : « Faites une campagne de presse pour rétablir cette vérité ! » Là André Bayle a repris la parole à Monsieur Castan pour… noyer le poisson. Mais que je revienne à ce propos de « bon sens » : plus de maisons détruites avec la rénovation qu’avec la LGV ! Les documents qui sont alors présentés par Castan confirment qu’il y a eu une étude générale et précise de la rénovation des lignes existantes, étude qui n’a jamais été rendue PUBLIQUE. Dans le document de l’EUP le tableau présenté par Castan apparait mais sans la ligne finale de la destruction du bâti ! A la place il y a la ligne des coûts. Pour comprendre la malhonnêteté de RFF il suffit de reprendre un document que je ne trouve plus sur le site du GPSO : le contournement de Moissac. Ils osent le faire passer en centre ville ! Sans doute sous le prétexte d’arriver à la gare mais c’est un prétexte car aucun contournement n’élimine la partie ancienne qui peut donc être conservée pour les seuls TER qui s’arrêtent à la gare ! Pour le moment est en constriction le contournement de Nîmes-Montpellier mais pour le fret et les trains rapides qui ne s’arrêtent pas en ville. Avec de tels contournements le prix de la rénovation devient en effet faramineux !

 

Les absents notoires

J’avais prévu de m’insurger contre l’absence des représentants de l’Etat puis j’ai oublié or ce point est capital ! Où et quand demander au Préfet de région responsable du GPSO, l’état du financement de Bordeaux-Tours ? Dans ce marché de dupes où le citoyen est toujours couillonné, nous apprenons un jour par la presse que pour la construction de Bordeaux-Tours bien entamée, il manque 500 millions, preuve inquiétante que l’on peut se lancer dans une telle aventure sans un financement bouclé. Or l’EUP du GPSO a servi de monnaie d’échange : ou le Conseil général du 82 paie pour Bordeaux-Tours ou nous ne faisons pas l’EUP avec la proposition inverse, ou l’EUP est lancée ou le Conseil régional Midi-Pyrénées cesse de payer Bordeaux-Tours ; ce qui fait que pour ne pas être en reste, le Conseil régional d’Aquitaine en rajoute en expliquant qu’il fait un compromis en révélant ou on construit Bordeaux-Dax ou nous cessons de payer pour Bordeaux-Tours !

Mais voilà, grands élus et responsables de l’Etat restent à l’abri et envoie au charbon le pauvre André Bayle à qui ces mêmes élus peuvent présenter des exigences monumentales !

 

Résultat : zéro à zéro

A la fin, il revenait au président des commissaires enquêteurs de donner le score car le débat avait lieu pour les éclairer dans leur décision (ils s’étaient déplacé nombreux). Il ne s’était exprimé auparavant que par une question simple et judicieuse à RFF (que je transcris de mémoire) : « Si on fait abstraction de la vitesse, quel autre élément en faveur de la LGV, par rapport à ce qu’apporte la ligne existante ? » Réponse : le poisson a été noyé. Pour son bilan il est revenu sur une question que j’avais posé au départ : «pourquoi pas de débat en Midi-Pyrénées ? » en me demandant à la fin si ça valait la peine de refaire la même chose. J’ai répondu que oui quand on se souvient que cette ligne c’est pour Toulouse et qu’il serait extraordinaire que notre région soit exclue de ce face à face. Il a alors considéré qu’on pourrait refaire un débat mais à condition de s’en tenir à un thème ou deux. Je partage totalement cette conclusion qui implicitement reconnaît que le balayage de toutes les questions a facilité le débat de sourds avec certains pourtant dotés d’images pour habiller leur surdité. D'où mon idée que pour lui le débat, ce fut zéro à zéro. Mais toute la question est celle de la définition des thèmes. Pour Midi-Pyrénées j’en mentionne deux qui peuvent varier suivant le lieu du débat retenu car opposé au terrain neutre je pense plutôt à l’articulation entre les préoccupations des citoyens et le thème retenu. Par exemple, si le lieu est Bressols le thème de la gare s’impose. Le thème du rapport entre la LGV et la ligne POLT seulement effleuré au Pont du Casse s’impose partout pour Midi-Pyrénées. Il ne peut pas être traité d’un revers de main ! Quand la LGV vise à pomper le trafic sur le POLT le bilan socio-économique de la LGV a besoin d’être confronté au bilan de cette ligne etc. Il faut le reconnaître, le bilan environnemental a été peu évoqué et André Bayle n’a sur ce plan, même pas pu noyer le poisson, tellement l’heure était au poison ! On lui a demandé si le coût environnemental avait été chiffré et il n’a pas pu répondre qu’en effet ils avaient été chiffré (un peu plus d’un milliard d’euros) tellement c’était le bazar. 

Jean-Paul Damaggio

Des poissons noyés au Pont du Casse
Tag(s) : #enquête d'utilité publique

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