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Les critères économiques

Sur la manif de Nérac quelqu’un a distribué un argumentaire non signé qui indique :

« le nombre de TGV partant chaque jour de Paris vers l’Ouest se divise vers Le Mans en 62 rames et vers Tours 60 rames ; l’amortissement de chacune de ces branches est donc plus long que pour le tronçon commun (122 rames) au départ de Paris. Au Mans, d’un côté il se divise vers Nantes (17 rames) et Rennes (35 rames). A Tours, il se fractionne vers Bordeaux (41 rames), et à Poitiers 8 rames vont vers la Rochelle. A son tour à Bordeaux, il se divise en deux branches 11 rames vers Dax, et 5 vers Toulouse. A Chaque embranchement correspond donc une division du trafic et une aggravation de l’amortissement d’une ligne nouvelle. Supposons que la branche de Tours, ou du Mans, soit amortie en 30 ans, il faudra environ 45 ans vers Bordeaux, 180 ans vers Dax et 320 vers Toulouse. Toujours en admettant un intérêt à 3% les péages ne seront même pas en mesure de payer les intérêts de l’emprunt. »

De cette argumentation, je retiens surtout le principe (aujourd’hui globalement c’est sept TGV partant de Toulouse vers Paris). Quand en France le service public permettait de comprendre qu’un investissement, c’était pour l’intérêt général, à présent on découvre que le calcul économique donne la primeur à l’intérêt particulier. Il s’agit là d’une victoire du féodalisme instaurant seigneurs et vassaux.

De tout temps, la construction de voie de communication a été fonction des intérêts particuliers mais petit à petit la République a permis, par la responsabilité de l’Etat de répartir la charge pour ne pas accroître les écarts mais pour au contraire tenter de les réduire. Je suis de ceux qui pensent que la prise en compte des lois économiques est normale mais les lois politiques n’ont pas à être à la remorque de l’argent.

Etrangement, avec TGV, le prix du billet n’est plus fonction du kilomètre (ce principe permettait la clarté démocratique), en conséquence ce phénomène semble contrecarrer le précédent. Si vous habitez loin de Paris et que vous prenez le billet très tôt, vous paierez moins cher que celui qui habite près de Paris mais qui prend son billet très tard ! Dans certains cas le billet première classe sera MOINS cher que le billet seconde classe ! Ceci n’a rien à voir avec le souhait de rétablir un peu d’égalité sur le territoire mais à tout à voir avec une gestion strictement comptable. Et pour habiller l'affaire ne craignez rien : les grands discours sur l'aménagement du territoire vont se faire entendre encore plus fort !

La place du politique

N’allez surtout pas croire que ce système de calcul de rentabilité par péages (RFF facture à l’exploitant le passage du train pour payer la ligne) élimine la question politique. Nous passons d’une époque où le politique tentait de faire au moins jeu égal avec l’économique, à une époque où le politique devient un vassal de l'économique. En effet, un amortissement vers Toulouse en 320 ans est théorique. C’est sans compter sur le fait que les impôts des citoyens seront largement mis à contribution pour justement compenser ce phénomène. Les institutions politiques ne sont plus là pour équilibrer, par le pouvoir d’Etat, la dépense, mais au contraire pour accroître le déséquilibre inhérent au fonctionnement strictement économique.

S’il n’était question que de LGV dans ce processus nous serions tranquilles. Mais voilà que dernièrement un ministre déclare que les maires pourraient être responsables de la sécurité sur leur commune, et incités à payer des amendes s’ils ne font pas le travail ! D’un Etat en charge de la sécurité publique nous passerions à un Etat distributeur de bons et mauvais points aux communes ! Nous sommes dans la même démarche.

La preuve par l’Afrique

Quand on refuse le principe de solidarité nous aboutissons à ce résultat : les habitants des pays les plus pauvres, assez riches pour immigrer, vont vers les pays riches, et de ce fait accroissent l’écart entre les deux mondes en créant des problèmes dans les DEUX mondes ! Les pays pauvres perdent des forces vives et les pays riches voient le nombre de pauvres augmenter. De plus, les autorités en obligeant l’Etat français et les collectivités territoriales, à s’endetter, les banques deviennent d’autant mieux maître du pays et nous savons tous comment en Afrique, en Amérique latine où ailleurs, cette stratégie a conduit des zones entières au fond du trou. Développer des LGVs c’est la façon la plus évidente d’induire tout un tas de phénomènes féodaux. « Donner au puissant, ça serait la meilleure garantie que le faible touche des « dividendes » en retour ». Or c’est lui qui paie pour bénéficier de cette supposée garantie.

La construction des voies ferrées a été au départ sur les mêmes valeurs que celles des LGVs aujourd’hui (favoriser les puissances économiques) et pourtant le train a fini par être populaire. Peut-on espérer la même évolution avec TGV ? Il faudrait alors une sacrée révolution ! Mais sans attendre on peut au moins bloquer quelques projets.

24-08-2010 Jean-Paul Damaggio

Je retrouve cet article ancien que la signature de la DUP Nord-Toulouse rend encore plus d'actualité. Il faudrait faire en 2025 une LGV pour améliorer le train du quotidien alors que la LGV qui pompe tout le fric détruit les bienfaits du train du quotidien. Et tout ça pour le profit de quelques profiteurs….

07 01 2016 Jean-Paul Damaggio

Tag(s) : #action associations

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