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Lettre ouverte à Carole Delga

Lettre ouverte à Carole Delga

 

Madame la présidente,

En écoutant la vidéo de l’assemblée plénière du Conseil régional du 28 novembre où je vous ai entendu dire à deux reprises « gare de Montech » et lieu et place de « gare de Bressols » je me suis demandé tout d’un coup si vous connaissez le dossier du GPSO. Pendant l’enquête d’utilité publique (EUP) vous étiez si occupé au gouvernement et dans un domaine si loin des transports ! Vous pouvez me répondre qu’au Conseil régional les élus passent et les administratifs restent surtout en la personne de Jean-Louis Chauzy qui est de si bon conseil. En fait, pour eux comme pour vous la seule question utile est la suivante : « comment trouver 10 milliards ? » Question bien minable par rapport à l’autre : « à quoi peut bien servir la LGV ? » sauf qu’à cette dernière la réponse est connue : à aller vite.

Or justement l’EUP avait pour fonction de répondre d’abord à la question de l’utilité et s’il y a utilité alors le financement doit suivre mais la réponse a été claire : il n’y a pas utilité. Votre premier tour de passe consiste donc à inverser l’ordre des questions comme ceux qui prennent les effets pour la cause ! Puis-je donc vous instruire sur le sujet de l’utilité non pas en répétant des connaissances accumulées, mais en donnant la parole à des Toulousains de haut rang ?

D’abord cet élément sur les contributions internet par départements (une petite partie des 13 000 contributions). Vous constatez aisément qu’en Haute-Garonne c’est le seul département où les positions favorables dépassent celles des opposants car le 31 est le seul où la CCI a rédigé une réaction type envoyée aux entreprises pour peser sur les débats, démarche qui n’a pas enthousiasmé les commissaires enquêteurs.

 

Département

pour

contre

33

21

396

64

13

126

40

35

146

31

133

83

47

1

240

32

1

2

65

2

10

82

7

94

Total

213

1097

 

Mais permettez que je m’arrête sur une contribution, celle de l’Association des Professionnels de l'Urbanisme Midi-Pyrénées (l’APUMP), dont plusieurs membres ont été associés à la phase de concertation préalable organisée fin 2013 par Europolia, qui considère que le projet Toulouse Euro Sud-Ouest (TESO), autour de la gare Matabiau, constitue le projet urbain majeur de la ville et de la métropole pour les 20 prochaines années. Car en effet, il ne faut pas attacher ce projet au seul objectif de la LGV ! « Cette contribution prend souvent, la forme interrogative, pour questionner ce qui nous paraît avoir le plus de sens, dans le cadre d’un urbanisme durable et participatif, pour les habitants, les usagers et l’ensemble des acteurs de la Région, des 2 départements traversés, des communes concernées et de la métropole toulousaine, ainsi que pour les riverains des quartiers directement impactés par le projet. Elle s’inscrit dans la même logique et dans la continuité des précédentes contributions de l’APUMP (voir site internet www.apump.org). Elle en reprend, ponctuellement, certains passages dont la pertinence nous paraît encore d’actualité. »

Je donne donc quelques extraits :

La grande vitesse, pour qui et pourquoi ? (…) A ce stade de l’Enquête Publique préalable à la construction de la LGV entre Bordeaux et Toulouse, dans le contexte de crise systémique rappelé ci-dessus, la question, centrale, de l’utilité de gagner 15 à 50 minutes supplémentaires (pour seulement quelques trains par jour) pour la liaison avec Paris, mérite, nous semble-t-il, d’être réinterrogée. Pour qui ? Pour quoi ? Pour favoriser le développement et le rayonnement de la métropole toulousaine et de la région ? Pour hisser Toulouse au rang de capitale européenne ? Pour attirer sur le pôle de la gare Matabiau des "grands-comptes" nationaux et internationaux ?

Quel coût pour chaque minute gagnée ? (…) Le coût de la grande vitesse se compte donc en millions d’euros par minute gagnée. Cette façon d’envisager les choses viendra inévitablement dans le débat public. Quelle collectivité mettra le premier genou à terre sur ce mode de financement ? Si une collectivité lâche, c’est tout le système de financement qui pourrait être remis en cause. Dans ce contexte de crise économique, de fortes restrictions budgétaires pour les collectivités locales, de réformes institutionnelles qui vont rebattre les cartes des compétences de chacune d’entre-elles, l’APUMP s’interroge sur la robustesse du consensus actuel autour de l’arrivée du TGV à Toulouse en 2024, pour un coût de 200 à 500 millions d’euros par minute gagnée.

 

Pour les points précédents j’ai pris seulement des extraits mais pour celui si souvent oublié par les Toulousains je le prends en entier :

Quelles conséquences pour les territoires traversés ? La conviction que la grande vitesse était indispensable pour "booster" le développement local a conduit les collectivités et les décideurs économiques agenais et montalbanais à soutenir, chacun de leur côté, un projet de "gare betterave" (ou "gare maïs") implantée à plusieurs kilomètres de la gare actuelle. L’APUMP, au cours de débats organisés sur place, a pu mesurer la nature des impacts du projet de gare Montauban-Bressols sur les territoires et sur le développement harmonieux de l’agglomération montalbanaise : L’accélération du temps de déplacement Bordeaux-Toulouse va se faire au détriment de millions de déplacements locaux (Nord – Sud) dans tous les territoires traversés. L’impact sur l’économie et la vie locale n’est pas suffisamment développé dans le dossier de DUP. Combien de petites entreprises et de commerces vont devoir réduire leur zone de chalandise ? Combien de familles ne vont plus avoir accès à des services de proximité ? Cette véritable fracture territoriale, très difficilement franchissable, va s’ajouter aux coupures existantes liées aux voies SNCF, à la Garonne, au canal latéral, aux voies routières et autoroutières. Quelles mesures sont mises en place pour le franchissement de la nouvelle barrière nord-sud et l'arrivée de la LGV ? Quelles mesures liées pourraient venir aider au franchissement de la LGV mais aussi des autres barrières nord-sud. Ne faut-il pas multiplier les points de franchissements et les liaisons est-ouest ? La présence physique, en remblai (parfois très fort) ou en déblai de la LGV, va entrainer la disparition de terres agricoles, de bois et de forêts et entrainer des ruptures dans la trame verte et bleue, en contradiction avec le Schéma de Cohérence Ecologique régional et local. Il s’agit là d’impacts très difficilement réversibles. Quelles mesures compensatoires seront à la hauteur des dégâts engendrés ? L’impact sur les territoires agricoles, les paysages, le cadre de vie des habitants (plusieurs centaines d’habitations impactées dans un contexte de laisser-aller de l’étalement urbain), paraît, à la lecture de l’étude d’impact, extrêmement fort. Les mesures compensatoires leur rendront-elles leur attractivité ? La réussite d’un projet urbain autour de la gare de Montauban-Bressols (décentrement de l’extension urbaine de Montauban) est loin d’être assurée (cf. études benchmarking existantes). Un tel projet nous parait aller totalement à l’encontre de toutes les politiques de lutte contre l’étalement urbain, déjà très engagé dans ce secteur. L’imperméabilisation de centaines d’hectares de très bonnes terres agricoles se ferait au détriment de la biodiversité, de la qualité des eaux, en sens inverse des engagements régionaux et nationaux en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et contre la perte de biodiversité. Par ailleurs, aucune réflexion coordonnée entre les agglomérations de Toulouse et de Montauban n’est engagée, à notre connaissance. Le projet montalbanais repose sur l’attractivité (en voiture) pour une partie des habitants du nord et de l’ouest toulousain, ce qui, là encore, va à l’encontre des politiques environnementales vertueuses. L’APUMP s’étonne de la sous-estimation des impacts et des conséquences négatives (sociales et économiques) sur les territoires traversés dans le Tarn-et-Garonne, et souhaite qu’à l’avenir, les études d’impact soient réalisées par des experts indépendants du Maitre d’Ouvrage et que la culture de la contre-expertise se développe rapidement. Notre association s’étonne également du manque de maturation locale du projet de gare à Montauban-Bressols et de l’absence de concertation entre les projets toulousain et montalbanais. Le projet montalbanais ne s’organise-t-il pas pour capter des "parts de marché" de la clientèle TGV (automobilistes) des secteurs Nord et Ouest de l’aire urbaine de la Métropole ?

 

Quels développements pour les déplacements du quotidien, par TER ?

Le réseau ferroviaire à 6 branches, en étoile, qui convergent à Matabiau avec de nombreuses gares sur chaque branche, est particulièrement favorable au développement de dessertes cadencées pour de nombreuses destinations de l’aire urbaine toulousaine. Par rapport à la situation actuelle (12 millions de voyageurs par an / +8,5% de croissance par an à l’échelle régionale / Mise en Œuvre du Plan Rail du Conseil Régional), la marge de progression potentielle de l’offre de déplacements métropolitains, au quotidien, grâce aux TER, nous paraît gigantesque. Le développement de cette offre nous paraît souhaitable et urgente, en complémentarité avec les autres modes de transports collectifs urbains et périurbains. Elle serait en totale cohérence avec les orientations d’urbanisme inscrites dans les SCOT et interSCOT – renforcement des centralités et de la multimodalité autour des gares proches du cœur des agglomérations, développement de pôles urbains secondaires autour des gares plus éloignées (Carbonne…). Un projet de desserte cadencée de plusieurs gares du Nord-Ouest de l’agglomération (rendu possible par la mise à 4 voies du tronçon St Jory-Matabiau) est porté par Toulouse Métropole. Il doit s’accompagner d’une gouvernance unique pour harmoniser la tarification entre tous les modes de transports collectifs. Il mériterait d’être complété par des liaisons cadencées au ¼ d’heure entre Montauban et Toulouse pour offrir une alternative à la thrombose de la circulation sur l’A62 et la rocade aux heures de pointe. Dans la situation actuelle, 75% des TER passent par la gare de Matabiau, les voyageurs TER représentant près de 50% des 10 millions de voyageurs par an qui fréquentent la gare (270 TER sur un total de 400 trains). D’après les précisions de la SNCF, le total des TER en gare devrait être de 350 par jour à l’horizon 2025 (dans l’hypothèse d’une liaison Toulouse-Paris en 3h12). Ce chiffre pourrait, bien entendu, être beaucoup plus important dans le cas d’une "montée en puissance" de l’offre, telle qu’évoquée ci-dessus (nécessitant de nouvelles coopérations financières ?). Les limites de capacité d’accueil de la gare Matabiau et de saturation de la tranchée Guilheméry semblent être de 700 trains par jour. De plus, tous les voyageurs TER n’ont pas forcément besoin d’aller jusqu’à Matabiau. La proposition du CODEV (Les ensemencements pour une métropole fertile – Décembre 2012), que nous reprenons à notre compte, d’une réorganisation du ferré dans l’agglomération avec la création de plusieurs "pôles multimodaux" connectés aux TER (St Cyprien-Arènes, Niel-St Agne, Labège-Innopole, Balma-Gramont, par exemple), nous paraît mériter d’être mise à l’étude rapidement. Avec, d’un côté, les incertitudes qui pèsent sur l’arrivée de la grande vitesse à Toulouse Matabiau et d’un autre côté, la certitude de la montée en puissance rapide de l’offre TER et des besoins de déplacements au quotidien entre pôles desservis par des gares, l’APUMP s’interroge sur la place respective des TGV et des TER dans le schéma d’aménagement de la gare. Dans l’hypothèse de non réalisation ou de décalage dans le temps de la réalisation de celle-ci, l’APUMP insiste sur l’urgence de réaliser la mise à 4 voies de la section entre Saint-Jory et la gare Matabiau, indispensable pour le développement d’un "RER Toulousain" cadencé, sans doute étendu aux liaisons Toulouse – Montauban. Dans cette hypothèse, il va de soi que le programme du projet TESO devrait être repensé en profondeur, sans remettre en cause le besoin d’organiser un pôle multimodal d’envergure, une extension du centre-ville et une revalorisation des quartiers riverains.

Le président  Christophe Sonnendrücker APUMP   Association des Professionnels de l’Urbanisme de Midi-Pyrénées          28, Avenue Léon Blum - 31500 Toulouse

 

Voilà madame la présidente des questions qui ont eu comme réponse l’avis défavorable des commissaires enquêteurs mais vous, à titre de présidente, vous avez peut-être des observations à faire ? J’ai tenu, en relayant cet exemple, à vous inciter à vous pencher sur les débats de l’EUP beaucoup plus étayés, car bien mieux documentés, que les communications des EGRIM.

Cordialement Jean-Paul Damaggio

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