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Ils avaient promis et voilà le résultat ! JPD

 

A La Une Châtignac

Sud-Ouest - Publié le 27/07/2017 à 3h40. Mis à jour à 7h41 par ANTOINE BENEYTOU.

 

Depuis la mise en service de la LGV le 2 juillet, nombre de riverains plus ou moins proches du rail se plaignent de nuisances sonores et vibratoires.

Ils ont acheté ici en 1999. Arrivés de Nice, Colette et Daniel Boulanger voulaient de l’espace pour leurs chevaux. Et surtout du calme. Aujourd’hui, la quiétude de leur lieu-dit Chez Bardon, à Châtignac, petit village situé à quelques kilomètres de Brossac, est fortement perturbée par le passage d’une trentaine de trains quotidiens sur la ligne à grande vitesse (LGV). Avec un pic en fin d’après-midi. « Là, c’est à fond les ballons », souffle Colette en regardant le mur anti-bruit installé de l’autre côté du rail. Et qui ne protège pas vraiment la maison des nuisances sonores.

Eux habitent à environ 200 mètres de la ligne. « Samedi on prenait l’apéro dehors, sur la terrasse avec les amis. On a dû rentrer puis fermer les volets et les fenêtres… »

Le prix de la maison chute

Dès les premiers jours de la mise en service de la LGV, son mari Daniel est allé à la mairie de Châtignac pour signaler ces nuisances. « On nous avait pourtant dit que ça n’allait pas faire un gros bruit », rappelle Daniel Boulanger. « Quand on est au téléphone, les gens au bout du fil entendent passer le train », confie même Colette. Le couple, qui n’hésite pas à dire que le quotidien est devenu « infernal », s’inquiète par ailleurs.

Depuis plusieurs années, il cherche effectivement à vendre cette maison. Mais la proximité de leur habitation avec la ligne a de quoi refroidir agents immobiliers et acheteurs. Les visites se font ainsi plus que rares. Et le prix de leur bien a chuté de moitié depuis 2010. De l’autre côté de la ligne, au lieu-dit Chez Birot, toujours à Châtignac, même son de cloche.

« Quand le vent porte bien, on se demande parfois si ce n’est pas un avion qui arrive », glisse Alain Trichereau, agriculteur et conseiller municipal de la commune. « Quand un train passe, on s’arrête de parler, on ne s’entend plus », illustre-t-il. Lui met également en avant une autre nuisance, également évoquée par ses voisins. « Le bruit, c’est une chose, mais le plus embêtant ce sont les vibrations », insiste-t-il en montrant les tuiles de la maison où résident ses parents, attenante à la sienne. « Au fil du temps, j’ai peur qu’elles bougent et qu’elles glissent », indique Alain Trichereau, qui redoute de voir apparaître des gouttières. Sans parler des problèmes de fissures sur les murs. L’agriculteur regrette également que le mur anti-bruit n’ait pas été bâti sur une longueur plus importante.

« C’est infernal »

Remontons un peu plus au nord. Au niveau de la commune de Champagne-Vigny, Éric Fougère est agriculteur. Lui, vit au lieu-dit Chez Normandin, l’un des plus impactés du village à l’instar de ceux de Fontaine, Le Pâty ou encore Chez Rouhaud. « Déjà avec les travaux, j’avais rouspété », glisse-t-il, évoquant des micro-fissures dans le carrelage et les murs. « J’ai fait venir l’assurance mais ça n’a servi à rien. Ils sont plus forts que nous et ont toujours réponse à tout. » Abattu, il ne s’attendait pas à ce que le passage des trains soit aussi bruyant. « C’est infernal, un truc de malade ! On l’entend venir de vachement loin. »

Et pourtant, il habite à 450 mètres des rails. « Mais avec la vallée ça fait caisse de résonance. » Gérard Saumon, le maire de Champagne-Vigny (lire ci-dessous), indique que ses administrés s’interrogent et « se demandent s’ils vont pouvoir s’accoutumer. C’est une sorte de frayeur quotidienne. D’autant que quand on a choisi de vivre à la campagne, on a choisi un mode de vie un peu à l’écart. » Dans le calme. Encore un peu plus au nord, aux portes d’Angoulême, les nuisances se font ressentir. Route de Claix, à La Couronne, une habitante qui veut rester anonyme a même décidé de déménager. Certes, cela n’est pas la raison principale, mais la mise en service de la LGV a fini de la décider. « Je n’avais pas forcément envie de vivre en bas à côté de la voie ferrée. Avec les fenêtres ouvertes, on entend très bien le train. »

Dans un communiqué datant de la mi-juillet, Lisea, le concessionnaire de la LGV, précise que la réglementation fixe un seuil maximal de bruit moyen sur la période diurne (6–22 h) de 60 décibels en façade des habitations riveraines et de 55 décibels en phase nocturne. Tous les riverains critiquent toutefois cette méthode et préféreraient des mesures ponctuelles et non pas des moyennes. Lisea ajoute par ailleurs que « le constructeur Cosea a défini des protections acoustiques découlant de cette réglementation et appropriées à chaque lieu ». Là encore, élus et administrés ne semblent pas sur la même longueur d’ondes.

Lisea en Sud-Charente la semaine prochaine

À l’instar de ses collègues maires dont les communes sont situées sur le tracé de la LGV, Gérard Saumon est en première ligne pour recevoir les plaintes des administrés concernant les nuisances induites par la LGV. À la fois maire de Champagne-Vigny et président de l’association pour la Défense des intérêts du Sud-Charente (la Disc, qui rassemble 21 communes), il centralise et réceptionne toutes les réactions des riverains de la nouvelle ligne.

L’élu est également membre de la coordination interrégionale Lignes à grande vitesse Sud Europe Atlantique et Bretagne-Pays de la Loire. Mi-juillet, il a adressé un courrier aux maires du Sud-Charente pour leur demander de faire remonter toutes les plaintes. Depuis quelques jours, il a ainsi reçu une vingtaine de courriers. « Bruits assourdissants comparables à celui d’un avion qui décolle », « murs et toitures qui vibrent », voilà les réactions qui reviennent le plus souvent.

Des mesures acoustiques

Afin de trouver une solution, Gérard Saumon vient d’obtenir un rendez-vous pour la semaine prochaine avec Lisea, le concessionnaire de la LGV. L’un des responsables viendra ainsi en Sud-Charente, en présence des élus. Une visite qui devrait permettre d’affiner le travail prévu par Lisea à partir du mois de septembre. Plus de 100 mesures acoustiques doivent effectivement être réalisées le long de la LGV Tours-Bordeaux. Selon le maire de Champagne-Vigny, il est clair que « l’impact avait été minimisé. Les gens tombent de haut. Tout le monde savait que la LGV allait passer mais dans la réalité, le bruit est réellement perçu par les riverains comme assourdissant, dépassant nettement les 60 décibels. »

Son homologue du Nord-Charente, maire de Courcôme et président de l’Association des communes impactées par la ligne LGV, Fabrice Geoffroy, ne dit pas autre chose : « Dès le lundi suivant l’inauguration, des riverains venaient se plaindre. » Bruits, tremblements, les réactions sont les mêmes et Pascal Geoffroy a lui aussi demandé aux maires du Nord-Charente de lui faire remonter les différentes plaintes.

« Malheureusement, on s’y attendait un peu », souffle le maire, fataliste. D’autant que sa commune est traversée à la fois par la ligne TGV, mais aussi par la LGV. « Le TGV faisait déjà du bruit à 160, alors à plus de 300… » Pour se mettre en ordre de marche, Gérard Saumon imagine la création d’un comité de suivi « afin de confronter la réalité aux études théoriques réalisées il y a plusieurs années ». Il souhaiterait ainsi des « mesures acoustiques et vibratoires faites par des agences indépendantes pour étayer les plaintes des riverains. » En résumé, les deux élus membres de la coordination interrégionale appellent à ne pas baisser les bras. « On doit la jouer collectif », exhorte Gérard Saumon. « Et se battre ! », conclut Fabrice Geoffroy.

B.

 

B.

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