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Il est si rare que la grande presse publie un tel billet que je le reprends avec joie. JP Damaggio

Billet

Bordeaux-Toulouse : LGV et clientélisme signé Castex

A quelques semaines des régionales, l’annonce par le Premier ministre du financement à hauteur de 4,1 milliards d’euros de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse semble plus répondre à des préoccupations politiques qu’à un souci d’aménagement du territoire.

par Franck Bouaziz

publié le 3 mai 2021 à 15h54

Les temps changent, pas les bonnes vieilles méthodes clientélistes en cette période préélectorale. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter ce qui s’est joué cette semaine dans le Sud-Ouest. De manière plutôt surprenante, le Premier ministre a annoncé par courrier aux élus régionaux la prise en charge par l’Etat d’une partie du financement de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. Objectif : mettre la Ville rose à trois heures de Paris, contre quatre heures vingt aujourd’hui. L’opération a néanmoins un coût : 7 milliards d’euros, sur lesquels l’Etat s’engage avec un chèque de 4,1 milliards…

Etonnant lorsque l’on sait que depuis des années, les élus locaux qui réclamaient cette ligne se heurtaient à une fin de non-recevoir, aussi bien de la part de la SNCF que de son unique actionnaire, l’Etat. Etonnant encore lorsque l’on reprend les déclarations d’Emmanuel Macron quelques mois après son élection : «La réponse aux défis de notre territoire n’est pas aujourd’hui d’aller promettre des TGV ou des aéroports de proximité à tous les chefs-lieux de département de France.» Etonnant, enfin, au regard de la rentabilité future de la ligne qui est loin d’être acquise.

Durablement déficitaire

Il faut alors regarder évidemment du côté des arrière-pensées politiques d’une telle décision et non pas s’en remettre à son bien-fondé économique ou à la préoccupation d’aménagement du territoire. Jean Castex, maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales, est un élu occitan. Dans sa région, le candidat de La République en marche aux prochaines élections régionales n’est pas assuré de figurer au second tour. Quant au maire de Toulouse, il a réussi lors des dernières élections municipales, à s’assurer en même temps du soutien d’Emmanuel Macron et de LR. Le Premier ministre a donc visiblement choisi de donner un coup de pouce à la présidente sortante de la région : la socialiste Carole Delga.

Le but recherché est louable car elle pourrait se retrouver au second tour face à un candidat RN, l’ex-magistrat (et ex-LR) Jean-Paul Garraud. En revanche les moyens sont contestables car il s’agit de faire supporter au contribuable local et national le financement d’une ligne qui risque d’être durablement déficitaire. En outre, Toulouse continuera à bénéficier de liaisons aériennes avec Paris puisque la capitale occitane est située à plus de deux heures trente de train. Pendant ce temps-là, en Ile-de-France, le RER B utilisé chaque jour par près de 1 million de passagers circule encore avec des rames datant des années 80. Quant aux rares trains de nuit qui subsistent, ce sont d’antiques rames Corail dont les sièges et les sanitaires datent d’un autre âge. Pour l’un comme pour l’autre, un chèque providentiel de 4,1 milliards eut été le bienvenu.

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