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La LGV sur Le Monde

Le journal Le Monde fait presque une page entière sur la LGV et je m'en réjouis. Cependant il s'agit pour l'essentiel de la reprise de bavardages entendus ici ou là. Au moment où le point crucial c'est le financement aucune données précises. Pas un mot dans cet article si long sur l'impôt nouveau, sur l'emprunt de 40 ans et sur les montants. Il est bien dit que le Lot et Garonne ne finance pas, et là on ne peut pas invoquer l'égoïsme comme pour le maire de Bordeaux donc il faudrait expliquer que le Conseil départemental devrait payer l'équivalent de dix collèges pour un projet qui n'est pas de sa compétence. Mais je ne reviens pas sur tout ce que j'ai déjà expliqué. J-P Damaggio

 

Le Monde BORDEAUX - correspondante

Le 2 juillet 2017, Bordeaux inaugurait en grande pompe sa nouvelle ligne à grande vitesse (LGV). L'objectif, placer la capitale girondine à deux heures et quatre minutes de Paris contre trois heures quatorze auparavant. Un projet très attendu par son maire d'alors, Alain Juppé, et imaginé, en 1992, pour un coût total de 7,8 milliards d'euros. Un tremplin qui a permis à Bordeaux de mettre en exergue sa fameuse qualité de vie et d'assurer une compétitivité espérée. Ce projet de LGV n'est pourtant pas le seul. En septembre, le Conseil d'Etat a validé une nouvelle ligne à grande vitesse portée par le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO) entre Bordeaux et Toulouse cette fois, jusqu’à Dax (Landes). Si Emmanuel Macron avait annoncé, en 2017, qu'il ne souhaitait plus financer ces grandes lignes mais favoriser les « trajets du quotidien », celui de cette nouvelle ligne a été relancé par Jean Castex lors de sa nomination à Matignon.

Le montant du nouveau chantier s'élèverait à 14 milliards d'euros, dont 4 milliards financés par l'Etat, 4o % par les collectivités locales — la Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie — et 20 % par des fonds européens. Cette ligne placerait Toulouse à environ trois heures et dix minutes de Paris, contre quatre heures dix actuellement.

Si Carole Delga, présidente (PS) de la région Occitanie, et Alain Rousset, président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine, soutiennent le projet, d'autres élus s'y opposent.

Notamment ceux du Lot-et-Garonne, qui ont refusé en bloc de participer à son financement. Bordeaux Métropole doit débattre du sujet lors de son prochain conseil, le 26 novembre. Le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, également vice-président de la métropole, a lancé l'offensive contre la réalisation de cette nouvelle ligne ferroviaire. Début novembre, il a lancé un site Intemet, Alternative LGV, listant un certain nombre de propositions pour contrer celle de la ligne à grande vitesse. Le site compte déjà 2 7oo signataires, dont la maire (Europe Ecologie-Les Verts) de Poitiers, Léonore Moncond'Huy, le président de l'association de défense de l'environnement Sepanso Aquitaine, Daniel Delestre, mais aussi des économistes, agriculteurs, viticulteurs, maraîchers...

2 870 ha de forêts artificialisés

A Bordeaux, le sujet s'est rapidement imposé dans le débat politique local. En créant ce site, Pierre Hurmic souhaite «fédérer toutes les oppositions à ce projet inutile ». Une prise de position qui a immédiatement suscité des réactions. A commencer par le président des députés La République en marche (LRM) à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, qui a dit, sur France Bleu Gironde, le 29 octobre, être « choqué » par la réaction de Pierre Hurmic. « Au fond, il se comporte comme un enfant qui a déjà son jouet, le TGV qui vient à Bordeaux, et qui juge que pour Toulouse et pour l'accès à l'Espagne, ce n'est pas intéressant », a déclaré M. Castaner.

Début novembre, le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, a renchéri sur Europe 1: « je constate que, comme d'autres maires écologistes, [Pierre Hurmic] n'aime pas le Tour de France, il n'aime pas les sapins de Noël, il n'aime pas le TGV » ; « je suis sidéré par la médiocrité et le niveau bas, répond Pierre Hurmic. On attend d'un ministre des transports non pas qu'il polémique, mais qu'il nous explique pourquoi ce dossier du TGV ressort maintenant. Mon point de vue n'est pas polémique, il est politique. Il dit que je n'aime pas les symboles, c'est ça le débat? Ça devrait plutôt être la politique d'aménagement du territoire de ce gouvernement. »

Le maire de Bordeaux dénonce par ailleurs le fait qu'au sud de Bordeaux, 4 83o hectares de sites Natural 2000 en zone naturelle agricole viticole vont être artificialisés, dont 2 87o hectares de forêts. Cette décision de l'Etat intervient en plein COP26, qui « consistait à réclamer la fin de la déforestation, la sobriété foncière et la protection de la biodiversité », souligne M. Hurmic. L'écologiste dénonce une vision de l'aménagement du territoire qu'[il]n'hésite pas à qualifier d'égoïste » et veut « arrêter cette arrogance qui consiste à faire venir toutes les activités économiques sur les métropoles au détriment des territoires traversés », rappelant l'importance des « gilets jaunes » dans sa région, qui condamnent la toute-puissance de Bordeaux sur ses territoires alentours.

 

Eviter 370 trajets en voiture

Mais pour Alain Rousset, l'arrivée de la LGV à Bordeaux a justement fait « bondir le trafic des TER » et la nouvelle ligne prévoit une hausse de 12 % de leur trafic pour répondre aux besoins des correspondances. La LGV offrirait aussi un bilan carbone favorable, puisque selon la région, un TGV rempli à 8o % permettrait d'éviter 37o trajets en voiture. Pour le président de la Nouvelle-Aquitaine, cette nouvelle ligne améliorerait également le fret ferroviaire : si 1o 000 camions circulent chaque jour sur l'axe Bordeaux-Espagne, la création de la LGV vers l'Espagne permettrait de dégager de la capacité pour passer la part du fret ferroviaire de 3 % à 18 %. Pour M. Rousset, la position de M. Hurmic relancerait également le projet controversé du grand contournement routier de Bordeaux.

Carole Delga, quant à elle, s'insurge contre « la virulence des propos de Pierre Hurmic et la démagogie de ses arguments ». La présidente de l'Occitanie rappelle que la région est « la plus enclavée de France » et qu'elle a financé à hauteur de 30o millions d'euros la ligne LGV Paris-Bordeaux. «Je ne vois pas pourquoi tous les Françaises et Français ont accès à la grande vitesse, à une connexion avec Paris, avec l'international, et pourquoi nous, parce qu'on est au fin fond de la France, on n'y aurait pas droit », explique Mme Delga. Pour la dirigeante socialiste, cette nouvelle ligne ferroviaire permettrait de proposer davantage de «trains du quotidien et donc de créer le RER du nord toulousain ».

 «Ma détermination est bien supérieure à celle de Pierre Hurmic. (...) Je me battrai comme une lionne sur ce sujet », prévient-elle.

Professeur à Sciences Po Bordeaux, Gilles Pinson fait partie des signataires d'Alternative LGV. Selon ce chercheur enseignant en science politique urbaine, un certain nombre d'investissements, comme les grandes connexions Paris-Marseille ou Paris Bordeaux, ont eu du sens et ont permis de relancer le ferroviaire à une époque où il pouvait « souffrir d'une concurrence avec la voiture et l'avion ». Mais aujourd'hui, poursuit-il, de développer des nouveaux sillons pour le ferroviaire, ça implique des conséquences en termes écologiques, qui génèrent un certain nombre de bouleversements. Est-ce que le gain de temps en vaut la chandelle? Quand on met en rapport le coût à la fois écologique et financier alors que des alternatives existent, ça me paraît un peu ahurissant».

Surtout, M. Pinson pointe le calendrier choisi par le gouvernement pour relancer le projet à quelques mois de l'élection présidentielle, y voyant un moyen pour le pouvoir macroniste « d'enfoncer un coin entre les socialistes et les Verts ». «L'opération est réussie quand on voit le degré d'hystérisation qu'a atteint le débat très rapidement», ajoute-t-il.

CLAIRE MAYER

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