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Un opposant à la LGV vient de m’envoyer l’extrait du livre de Zemmour (voir ci-dessous) où il évoque deux points sur lesquels je reviens.

Rappel : Pépy président de la SNCF de  à 

1 Pépy, le PS et le tout LGV

« La gauche a tout mis sur le TGV pour permettre à la gauche caviar de descendre dans le Luberon. » Il faut lire LGV et le propos rapporté est une évidence mais pas toujours admise. Le tout LGV s’inscrit en effet dans une mutation du PS qui oubliant les classes populaires s’est accroché au train des classes moyennes nouvelles. Pas seulement celle qui veut aller dans le Luberon… Cette mutation s’inscrit dans l’histoire du PS que je symbolise avec l’évolution des maires PS de Montauban : un instit, un prof, un chef d’entreprise et à présent (mais il n’est plus maire) un chercheur universitaire (même évolution chez les députés PS). Cette sociologie est générale : le PS est devenu le parti de la classe des Installés du système et le dossier LGV en est le symbole.

Cependant le témoignage du 30 janvier 2012 méritait d’être élargi car par la suite (autour des années 2018) Pépy (et une frange du PS) est devenu un adversaire du tout LGV ! Le tournant s’est produit quand la folie LGV est allé jusqu’à proposer une LGV Limoges-Poitiers pour aller à Paris, quand il existe une ligne directe et droite. Le Conseil d’Etat a enterré ce projet cher à François Hollande. Pour l’anecdote rappelons que le TGV roule sur les lignes existantes mais pas sur la ligne POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse) sauf un par jour… jusqu’à Brive ! Pourquoi seulement jusqu’à Brive ?

2 Pépy et le syndicalisme cheminot

Pour comprendre l’anecdote rapportée il faut comprendre l’évolution du syndicalisme cheminot. Vu qu’à bloquer le rail on pouvait bloquer le pays le syndicalisme cheminot a été très fort jusqu’en 1995. Il se trouve que le tout LGV va le faire basculer. Ce n’est pas par souci de plaire aux Installés que la CGT est devenue une ardente promotrice du tout LGV mais par esprit maison : le TGV étant le fleuron de la SNCF, vive le TGV ! Quand j’ai découvert ce phénomène j’en ai été sidéré, car ce faisant la CGT se tirait une balle dans le pied ! Le tout LGV n’était pas seulement une entreprise de marginalisation du train populaire, mais aussi du fret, au profit des camions, la SNCF investissant alors fortement dans le transport routier ! Vous lisez bien : la SNCF n’investit plus pour adapter le fret ferroviaire aux nouveaux temps du capitalisme (le flux tendu) mais dans Geodis la filiale camion ! Or, ne pouvant plus bloquer l’activité économique, la grève devenait surtout une guerre entre cheminots et voyageurs. D’où le tournant de 1995 : les autorités ont compris que pour contourner le pouvoir des syndicats cheminots, il fallait à la fois pousser vers le tout LGV et vers le tout camion !

Par l’intermédiaire de la CGT, le PCF est devenu plus que le PS un chantre du tout LGV et là où ce parti avait des responsabilités, comme le voulait la tradition, c’est lui qui va occuper les postes de vice-président transport, de ministre des transports etc.

Alors oui, entre Pépy et les syndicats de cheminots il y a eu un partage des rôles. D’autant que la CGT devenue surtout le syndicat des cadres de la SNCF, le syndicat SUD est né pour récupérer les contrôleurs (la base) déçus de la vieille maison. Là aussi je peux apporter mes anecdotes avec le cas de la famille Agrain, le père cheminot militant PCF et maire, le fils militant cheminot qui a expliqué, en tant que conducteur du TGV (l’aristocratie de l’entreprise) qu’il ne démarre pas mais « décolle », et qu’on a découvert en défenseur talentueux de la LGV Bordeaux-Toulouse !

3° Conclusion

Le témoignage de Zemmour confirme une réalité que la lutte contre la LGV nous a permis d’analyser, mais dans quel but le fait-il ? Pour quelle solution ? Il sera le 12 novembre à Bordeaux pour y dénoncer peut-être le projet de LGV Bordeaux-Toulouse, mais toute la question est là : pour quel service ferroviaire capable de rénover démocratiquement la SNCF ?

Peut-on faire une critique de gauche des syndicats de la SNCF sans alimenter le mépris classique de tout syndicalisme ? Pépy a été conservé par Macron jusqu’à la réalisation de la grande réforme de la SNCF qui a mis K.O. les syndicats si bien que le mouvement social devait périr sous le coup de cette défaite. Or les Gilets jaunes lui donnaient une nouvelle forme six mois après, une forme qui est devenue le cauchemar du pouvoir. On ne craint plus les grèves mais on répète : « et si les gilets jaunes revenaient ? » Des Gilets jaunes qui ont cru que les chauffeurs routiers allaient les aider à bloquer le pays, car en effet, l’enjeu s’est déplacé du rail vers la route.

Pépy a été remplacé et le tout LGV a été relancé, Macron ayant décidé de se replacer dans l’ordre des choses, la SNCF étant totalement domestiquée.

Zemmour devient alors le côté pile d’une pièce de monnaie où la gauche n’occupe plus que le côté face, une gauche prête à crier contre Zemmour pour faire oublier ses responsabilités, ce qui l’enfonce encore davantage ! Je reviendrai sur la question le jour où, doté de 500 signatures, il sera candidat. J-P Damaggio

"Extrait du livre de Zemmour :  La guerre des trains a bien eu lieu

30 Janvier 2012

J’ai connu Guillaume Pepy rue Saint-Guillaume, il y a plus de trente ans. Nous n'étions pas amis, même pas « copains » mais nous avions une amie commune. On s'est perdu de vue à l’entrée à l'ENA. Je l'ai croisé lorsqu'il était au cabinet de Martine Aubry. On entretient une de ces relations dont Paris est friand, où la méfiance rugueuse d' Homo sapiens est dissimulée sous le raffinement hérité de la sociabilité de cour, où les désaccords politiques sont enrobés dans la ouate des marques de civilité et de cordialité, et où la divergence des modes de vie est contenue par la culture littéraire commune. Pepy m'a appelé après qu'il a entendu une de mes chroniques sur RTL concernant la SNCF. Il veut « rétablir certaines vérités ». Je me rends volontiers au siège de sa maison, dans un immeuble moderne et laid, situé derrière la gare Montparnasse. Son bureau est froid et sans charme, mais nos retrouvailles sont chaleureuses. Je le retrouve tel qu'il était dans notre jeunesse studieuse, avec ce strabisme dans l'œil qui attendrit ce que sa posture à de raide.

Il me bombarde de chiffres qu'il maîtrise avec maestria et, quand je capitule sous la mitraille, il me distrait en me contant son jeu de rôle avec les syndicats : « La grève était prévue pour durer quatre jours. Je leur avais dit qu'ils pouvaient exiger tant et que je céderais tant. » Il goûte sa posture de patron de gauche converti aux rigueurs de la gestion entrepreneuriale ; d'ancien socialiste qui lutte contre le laxisme syndical. Et puis, soudain, alors que je lui rappelle timidement les souffrances des banlieusards pris dans « l'enfer des transports », il me lâche tout à trac : « Tu sais, le dernier à avoir mis de l'argent dans le RER, c'est Pompidou. La gauche a tout mis sur le TGV pour permettre à la gauche caviar de descendre dans le Luberon. »

II me regarde de son unique œil qui frise pour mieux observer l'effet produit. Je le sens joyeux de son aveu qui sonne comme une condamnation des siens et de lui-même. Comme soulagé par cette confession imprévue."

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