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Lot et Garonne : toujours NON

Si partout il y avait eu le débat qui s'est déroulé dans le Lot et Garonne, il est sûr que le projert GPSO aurait pris une autre direction. Un coup de chapeau à Mme Borderies qui bien que membre du PS n'a pas accepté de se plier aux ordres de Rousset. J-P Damaggio

La Dépêche Publié le 27/12/2021

Les dernières déclarations dans nos colonnes du chef de la droite au Département n’ont pas eu l’heur de plaire à la présidente du Lot-et-Garonne. Elle le tacle rudement dans un courrier, et dresse un procès en amateurisme...

La présidente PS du conseil départemental Sophie Borderie n’a pas apprécié – mais alors, pas du tout – la sortie de Pierre Chollet dans nos colonnes, et relative au dossier GPSO (le fameux grand projet ferroviaire du Sud-Ouest, devant permettre la construction d’une ligne à grande vitesse LGV entre Toulouse et Bordeaux, via Agen).

On sait que le conseil départemental de Lot-et-Garonne refuse de participer financièrement à ce projet (coût global de 14 milliards d’euros), et que cette décision avait été prise en octobre par les élus du Département, ce à l’unanimité. Mais au lendemain du vote du plan de financement de la LGV par le conseil régional à Bordeaux (le 13 décembre), invité à réagir dans nos colonnes Pierre Chollet (chef de file de l’opposition de droite au conseil départemental) avait demandé à Sophie Borderie de "se mettre autour de la table", et que par conséquent la position du Lot-et-Garonne soit réajustée. "L’important, disait-il, est d’adopter un principe de réalité qui devient vite un principe de responsabilité. Il ne faut pas laisser les Lot-et-Garonnais seuls face à ce projet. Je demande à la présidente de reconvoquer une séance officielle spéciale sur le projet GPSO. Soit nous restons dans une opposition de principe, stérile et le projet va se faire sans nous, soit nous intégrons la table des financeurs et nous pesons pour obtenir des contreparties solides concernant notre territoire et ses habitants."

Un courrier furibard

C’est peu dire que Sophie Borderie a fort peu goûté cette interview. Le rouge lui est même monté aux joues, et nous livrons ici les "bonnes feuilles" du courrier furibard qu’elle a adressé à son opposant en chef. Sec comme un coup de trique ? Aux lecteurs d’en juger…

"Réserver la primeur de ce type de demande aux médias sans m’en informer au préalable ou au moins concomitamment, dénote bien le caractère politicien ou purement médiatique de la démarche. Alors que j’ai continuellement associé l’ensemble des groupes politiques qui constituent notre assemblée à la prise de décision départementale sur GPSO, que nous avons travaillé en totale concertation et en transparence, il aurait été pour le moins opportun que vous preniez au moins quelques minutes par téléphone pour me faire part de votre initiative avant de la rendre publique", écrit Sophie Borderie, qui de la forme passe aux faits.

"Comment ne pas être stupéfait par votre demande ?", interroge-t-elle, manifestement accablée par l’amnésie de Pierre Chollet. "L’assemblée départementale s’est prononcée sur sa participation financière au projet GPSO le 22 octobre. Au regard de l’importance du dossier, j’ai souhaité que la délibération soit exceptionnellement élaborée en commun, et c’est ainsi que je vous ai adressé, ainsi qu’à MM. Dezalos, Delbrel et Dufourg [représentants les différents courants de l’hémicycle], un projet de texte à amender."

Plus royaliste que le roi ?

"A mon initiative, nous nous sommes retrouvés tous les cinq dans mon bureau pour finaliser le texte de la délibération. Il est à noter que vous avez alors proposé qu’elle mentionne expressément que "le Département refuse de participer au financement quel que soit le montant sollicité", demande que vous avez réitérée devant l’ensemble des conseillers départementaux. Si les mots ont un sens, cette position traduit de votre part une opposition de principe à un financement de notre collectivité."

Fin novembre, le préfet coordonnateur du dossier GPSO, Etinne Guyot, avait été le premier à recevoir une lettre de Sophie Borderie. Il lui avait au préalable adressé le plan de financement de GPSO (alors confidentiel) et la participation du Lot-et-Garonne restait inscrite noir sur blanc : "70 millions d’euros soit 52 millions pour le conseil départemental, et un peu plus de 28 millions de nouvelles taxes prélevées sur les ménages et entreprises lot-et-garonnaises", se souvient Sophie Borderie. Elle répondait alors au préfet coordonnateur que non, c’est non, le Lot-et-Garonne ne mettra pas la main à la poche (elle avoue toutefois que le projet de désenclavement via la LGV reste fondé), et partage sa correspondance avec les chefs de groupes d’élus, dans un souci de transparence.

"Ni cohérent, ni sérieux"

"Le 26 novembre, deux jours après que vous ayez reçu le nouveau plan de financement, au lendemain de la parution d’articles de presse faisant état de ma position, l’Assemblée départementale s’est réunie en session plénière et publique. Lors de mon discours d’introduction, j’ai évoqué le courrier du préfet Guyot, ma réponse, et j’ai conclu mon intervention en précisant qu’en ce qui me concernait, "le dossier était clos." Vous avez alors pris la parole en tant que président de groupe et… rien ! A aucun moment et durant toute la session vous n’avez demandé que le Département débatte à nouveau du dossier alors que vous disposiez depuis plusieurs jours du nouveau plan de financement.

Et ce n’est que le 17 décembre, trois semaines après notre session et à quelques jours de la fin du délai fixé par le préfet Guyot aux collectivités pour délibérer que vous m’adressez ce courrier de demande de débat extraordinaire ? ! Franchement ce n’est ni cohérent, ni sérieux et je laisse les Lot-et-Garonnais et les acteurs socio-économiques apprécier cette volte-face injustifiée, peux être le résultat de pressions extérieures auxquelles vous avez cédé." Il est vrai que les propos de Pierre Chollet avaient été publiés juste avant le débat LGV à l’Agglo d’Agen, et que le lien politique avec Jean Dionis reste solide…

"Leçons de solidarité à recevoir de personne"

Sophie Borderie revient sur le cœur du problème, sur lequel les élus (dont Pierre Chollet) étaient unanimes. "Le Département a déjà pris sa part dans le financement des infrastructures ferroviaires, plus de 33 millions d’euros pour Tours-Bordeaux et alors que de nombreuses collectivités locales directement concernées par ce tronçon ont refusé de le faire. Nous n’avons donc de leçons de solidarité à recevoir de personne. [Par ailleurs] il est inadmissible qu’une fois de plus l’État se désengage en faisant supporter une part conséquente du financement de projets structurants par les collectivités locales."

23 sur 26…

"Même en lissant cet investissement sur 40 ans, le conseil départemental aura besoin de chaque euro disponible pour mener à bien les projets et politiques publiques attendus par les Lot-et-Garonnais et pour lesquelles la majorité départementale a été clairement reconduite."

Par ce courrier écrit d’une plume vengeresse, Sophie Borderie renvoie son opposant dans les cordes, et entend mettre un terme définitif au sujet (lire ci-dessous). Un vœu pieux : 23 des 26 collectivités territoriales concernées d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine se sont engagées à verser 5,26 milliards d’euros sur un total de 5,6 milliards nécessaires, pour construire les lignes à grande vitesse vers Toulouse et Dax. Quoi qu’il en soit le projet d’ordonnance de création de la société de financement GPSO sera transmise le mois prochain au Conseil d’Etat, et "le train est lancé". Mais pour certains si ce tour de table incomplet n’arrêtera pas la LGV Toulouse / Bordeaux, il reste (évidence) à revoir…

"Vos remarques caricaturales"…

En ce qui concerne vos remarques caricaturales sur notre soi-disant "politique de la chaise vide" (que vous qualifiez avec tact et mesure de "minable"), qui peut réellement croire, à part vous, que notre position nous empêchera d’intervenir aux côtés de l’Agglomération d’Agen, si elle le souhaite, pour que la SNCF propose le moment venu un nombre de dessertes suffisant ? Et pensez-vous vraiment que c’est à l’inverse en participant à hauteur de 1,33 % à un projet de 14 milliards que le conseil départemental arrivera à imposer un nombre et des horaires de dessertes nécessaires aux besoins locaux à la SNCF ?

Il faudrait ainsi "payer pour voir" et accepter un diktat financier, un chantage au service public pour ne pas être considérés comme des citoyens de seconde zone ? Je m’y refuse et s’il faut se mobiliser pour faire valoir nos droits et celui des Agenais ou des Lot-et-Garonnais, je m’y emploierai […]."

Sophie Borderie enfonce le clou, signalant que le Lot-et-Garonne n’est pas isolé dans son refus de payer la LGV "puisque le Département de la Gironde, l’Agglomération du Grand Dax et la Communauté d’Agglomération du Pays basque" sont sur la même… ligne.

"C’est pourquoi, conclut-elle, comme je l’ai publiquement dit le 26 novembre en votre présence et sans que vous ne réagissiez, je considère la question du financement du projet GPSO par le Département de Lot-et-Garonne définitivement close."

Sébastien Bouchereau

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