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J'aime visiter l'histoire donc vous avez ici un entretien avec le ministre des transports de 2002 (juste avant la terrible défaite), et un complément d'information pour 2013. JPD

Le 11 Avril 2002, FORUM HUMA " Le nouvel aéroport est nécessaire "

Entretien avec Jean-Claude Gayssot, ministre de l'Équipement, des Transports et du Logement.

Les Autoroutes du Sud de la France viennent d'être partiellement privatisées. Vous vous êtes félicité qu'une part de la recette provenant de la mise sur le marché de 49 % du capital d'ASF serve au développement de modes de transports plus propres et plus sûrs. N'y avait-il pas d'autres moyens de participer notamment au financement du rééquilibrage rail-route auquel vous êtes très attaché ?

Jean-Claude Gayssot. Dans la mesure où le gouvernement avait décidé l'entrée du capital privé dans ASF pour élargir sa capacité internationale, j'ai demandé et obtenu que cette ouverture soit minoritaire, que l'actionnaire public majoritaire continue de jouer son rôle stratégique, que les salariés soient mieux associés à la gestion de l'entreprise y compris dans le conseil d'administration. Et, effectivement, j'ai obtenu également qu'une partie importante des recettes liées à la mise sur le marché revienne au financement de la politique intermodale notamment en faveur du rail. La nouvelle politique des transports qui prévoit aussi l'utilisation des dividendes des sociétés autoroutières ne doit pas être affectée par cette ouverture du capital d'ASF, au contraire. Soyons clairs, le rééquilibrage rail-route ne se limite pas à ces dispositions, mais c'est une première à l'échelle de l'Europe que la route contribue à financer directement le rail.

Le dossier de la traversée des Alpes pour le transport des marchandises par le rail et la route vous a beaucoup occupé depuis cinq ans, d'autant que, malheureusement, vous avez été aussi confronté à des drames. Avez-vous le sentiment d'avoir pris dans ce domaine les décisions qui permettront d'améliorer le trafic en garantissant durablement la sécurité et la sauvegarde de l'environnement?

Jean-Claude Gayssot. Je vous réponds franchement oui. Mais nous sommes victimes nous aussi des politiques menées durant des décennies. Mon obsession a été et reste de réduire l'hypertrophie des poids lourds dans notre pays et particulièrement dans les zones sensibles. Où en sommes-nous ? Les premiers wagons Modalhor pour transporter les camions sont construits et en passe d'être homologués ; l'aire de transbordement des poids lourds s'aménage ; le premier service d'autoroute ferroviaire fonctionnera fin 2002, il permettra à 50 000 poids lourds par an de franchir les Alpes par le rail. Le 19 mars dernier, j'ai lancé les travaux de mise au gabarit de la ligne ferroviaire historique entre Modane et Turin. · leur achèvement, en 2005-2006, deux fois plus de marchandises emprunteront la ligne dont 300 000 à 400 000 poids lourds par ferroutage. Enfin, à l'achèvement de la nouvelle liaison Lyon-Turin dont nous avons également démarré le chantier, 1 million de poids lourds par ferroutage franchiront les Alpes en 2012, dans dix ans. Cette politique marque une vraie rupture avec les tendances passées. Et j'y ajoute le développement du cabotage maritime pour contourner les Alpes et les Pyrénées. François Liberti vient de remettre dans ce but un rapport au premier ministre.

Alors qu'un débat public a eu lieu, le projet du troisième grand aéroport en île-de-France continue à provoquer des polémiques. Que répondez-vous à ceux qui s'insurgent contre le choix de Chaulnes ?

Jean-Claude Gayssot. Je vous fais gentiment remarquer que vous répétez une erreur en parlant du troisième aéroport en ×le-de-France. Le troisième aéroport se situera en Picardie à mi-chemin entre l'×le-de-France et le Nord-Pas-de-Calais. Entendons-nous bien. Ce nouvel aéroport est nécessaire. Ni la grande vitesse ferroviaire, ni le développement des dix grands aéroports régionaux qui vient d'être décidé ne suffiront pour accueillir les 30 millions de passagers supplémentaires attendus en 2020 sur la nouvelle plate-forme.

Ceux qui nous demandent d'absorber cette croissance sur les seuls aéroports de Roissy et d'Orly me demandent en fait de développer le trafic de ces aéroports au-delà des limites raisonnables fixées. Il fallait donc décider d'un autre aéroport sachant qu'il faut une quinzaine d'années pour le réaliser. Le but du débat public était d'éclairer le choix du gouvernement à partir des avantages et des inconvénients de chacun des sites proposés. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que sur un tel projet on ne peut éliminer toutes les oppositions. La responsabilité du gouvernement est de privilégier l'intérêt général tout en prenant en considération les attentes des populations, de leurs élus et de tous les acteurs concernés.

J'ai pris des engagements, je les tiendrai. Ils sont inscrits dans le marbre si je puis dire. D'abord la recherche de la meilleure situation de la plate-forme sera faite dans un périmètre bien limité qui préservera la majorité des populations. Ensuite, toutes les garanties ont été données afin de maintenir la valeur du patrimoine foncier pour ceux qui seront directement concernés. Les indemnisations seront établies sur la base de la valeur des biens avant la décision du gouvernement pour le nouvel aéroport. Enfin, l'apport économique et social pour la Picardie va être considérable et tout sera fait pour ne pas y réduire les potentialités de notre agriculture.

Lors des premières années de votre ministère, vous aviez été confronté à la grogne des patrons routiers mais également des salariés du secteur victimes de la déréglementation. Vous aviez dit que vous feriez tout pour obtenir à l'échelle de l'Europe une harmonisation sociale par le haut. Vous avez l'impression d'avoir gagné cette bataille ?

Jean-Claude Gayssot. Récemment encore les salariés ont exprimé leur mécontentement. On pourrait beaucoup parler des rapports paritaires dans cette activité. Pour ma part, je me suis toujours efforcé, en intégrant la spécificité de ce secteur, de déplacer le cursus en faveur des conditions de vie et de travail des chauffeurs routiers, de la sécurité et aussi de la profession pour qu'elle ne soit pas victime du dumping économique et social. Pour cela oui, il faut et il faudra progressivement avancer vers une situation plus conforme au droit commun et oui, il faut et il faudra en matière sociale, fiscale, avancer vers l'harmonisation par le haut. Ai-je gagné cette bataille ? Aucune bataille n'est jamais gagnée ni perdu définitivement. Il reste beaucoup à faire mais c'est un progrès d'avoir obtenu une directive européenne sur le temps de travail, ce que réclamait tout le monde depuis une décennie.

Le sommet de Barcelone a percuté avec la campagne électorale en France en réactivant les débats sur le statut public ou privé des entreprises de services publics dont certaines comme la SNCF sont sous votre tutelle. Si demain il n'y a plus de ministres communistes, croyez-vous qu'EDF et la SNCF conserveront leur statut ?

Jean-Claude Gayssot. J'ai pris des engagements clairs en tant que ministre. Je les rappelle : en finir avec le déclin du rail et de l'emploi ferroviaire (de 1984 à 1997 suppressions de 87 000 emplois ; de 1997 à 2002 embauches de 40 000 cheminots au statut) ; garantie du statut public de la SNCF et de RFF, de l'unicité du système ainsi que du maintien du régime spécial des cheminots. Et j'ai dit non à toute privatisation et à toute ouverture du capital. Mais votre question est très politique. Je le dis franchement, je crois que dès lors que nous pesons en influence, électeurs, luttes, élus, députés, nous pouvons empêcher certaines dérives libérales et faire avancer des propositions progressistes. Si demain il n'y a plus de majorité avec les communistes, plus de ministres communistes, cela signifiera que la politique menée est celle de la droite ou des sociaux-libéraux à l'anglaise et alors les entreprises publiques, y compris la SNCF, seront mal. Mais je me refuse à cette hypothèse noire, parce qu'il y a un bon moyen d'y faire face, vous l'avez compris : le vote au 1er tour pour Robert Hue et suffisamment de députés communistes aux législatives. Entretien réalisé par Pierre Agudo

J’ai interrogé Daniel Ibanez sur la question de la traversée des Alpes et je joins l’argumentation solide qu’il apporte :

« Les réponses de JC Gayssot sont conformes à ce qu'il avait déclaré devant l'assemblée le 13 février 2002 et que vous pourrez lire ici :

http://lyonturin.eu/documents/docs/debat%20assembl%C3%A9e%20lyon%20turin%2020020213.pdf

La promesse était bien de 50.000 poids lourds sur l'autoroute ferroviaire au démarrage avec un objectif de 300.000 à la modernisation de la voie existante.

en 2012 les rames "Modalhor" ont transporté un peu moins de 27.000 camions, vous pouvez lire un article sur ce sujet ici :

http://lyonturin.eu/documents/docs/camions%20AFA%202012.pdf

Les travaux ont bien été achevés et la ligne ferroviaire existante a été équipée en ERTMS et mise au garbarit GB1 pour près d'un Milliard de Dijon à Modane, la fin des travaux a été plus tardive que prévu puisque c'est seulement en 2011 que les travaux ont pris fin, vous pouvez lire l'article ici :

http://lyonturin.eu/documents/docs/Le%20tunnel%20ferroviaire%20du%20Mont-Cenis%20ouvert%20au%20gabarit%20B1.pdf

L'évolution des trafics dans les Alpes n'a pas du tout doublée comme annoncé lors du débat parlementaire le nombre de camions à stagné de 94 à 98 et en suite à diminué jusqu'à aujourd'hui aux deux passages du fréjus et du mt blanc.le nombre de camions à ces deux passages en 2012 est de 1.258.854.

En 1990 il y en avait 1.286.607.(l'objectif du grenelle de l'environnement est de revenir au niveau de 1990...)Quant au projet de transport maritime pour les camions qui circulent sur la côte méditerranéenne, c'est bien vrai que le projet existe mais il est vendu par les partisans, l'idée que les camions espagnols devraient passer par la nouvelle ligne lyon turin plutôt que par la mer.de son côté RFF déclarait dans un diaporama en région PACA ce que vous pouvez lire pages 7 et 16 ici :

http://lyonturin.eu/documents/docs/rff%20vintimille%20camions%20transit.pdf

Bref aucune augmentation du trafic dans les alpes, une ligne existante performante mais utilisée à 17% de sa capacité (3,4 millions de tonnes en 2011 pour une capacité annoncée par JC Gayssot de 20 millions de tonnes lors du débat parlementaire et confirmée à hauteur de 22 millions de tonnes par une ancien président de LTF) lire ici :

http://lyonturin.eu/documents/docs/Liaison%20Lyon-Turin%20(Le%20Monde%20diplomatique)%20LEPINE.pdf

Je vous invite à visionner le court métrage sur le site qui en dit long. http://lyonturin.eu/index.php »

Daniel Ibanez

Gayssot en 2002 : Pour l’aéroport « parisien » etc.
Tag(s) : #Histoire, #l'international, #Lyon-Turin, #dans les médias

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