Des maires ont eu cette tribuen sur leur boîte mails et ils peuvent la signer. Nous doutons qu'en Tarn-et-Garonne il s'en trouve pour s'associer à ce texte mais je le relaie avec grand plaisir. J-P Damaggio
LGV du Sud-Ouest : le COI ramène les rêveurs à la réalité
Le conseil d’orientation des infrastructures (COI) a rendu ce mois d’avril son évaluation du projet GPSO/LNSO. Instance de référence et pilier indispensable à l'évaluation de nos grands chantiers, la légitimité du COI est telle que ses conclusions doivent être prises en compte. Or, en l’espèce, ses conclusions sont claires et mettent fin aux illusions, entretenues à grand renfort de communication, par les promoteurs des LGV du Sud-Ouest.
En premier lieu, ce projet ne pourra pas aboutir dans les temps impartis : au mieux la ligne Bordeaux-Toulouse serait mise en service en 2035 et la Bordeaux-Dax en 2042. Et le tronçon Dax-Espagne, renvoyé aux calendes grecques.
De surcroit, la nouvelle ligne Bordeaux-Dax n’a aucune utilité et la priorité doit être donnée à la poursuite des « efforts de régénération et de modernisation de la ligne classique Bordeaux – Hendaye ». En effet sur l’efficacité même du projet, les chiffres sont connus : sur cette liaison, la LGV permettrait un trajet d’environ 49 minutes, contre 54 minutes pour la ligne existante modernisée. Mais en pratique, avec les arrêts et les ralentissements, le temps de parcours s'élèverait à environ 55 minutes. Et cette analyse se dispense de l’implantation, hors commune, des gares LGV. Autrement dit, aucun gain réel, voire un temps de trajet plus long pour certains habitants.
Concernant la nouvelle ligne Bordeaux-Toulouse ses bénéfices socio-économiques et ses impacts environnementaux doivent être réévaluées, en l’état le COI émet des réserves quant à son utilité réelle et elle n’apparaît pas comme une infrastructure prioritaire.
Ensuite, le financement du projet, tel qu’il avait été imaginé, est irréaliste dit aussi le COI.
D’abord parce que « la participation de l’État sera difficilement mobilisable à la hauteur et dans le cadre auxquels il s’était pourtant engagé » et l’abandon suggéré de la ligne Bordeaux-Dax privera le projet des financements européens. Mais aussi car le budget est fortement sous évalué, au lieu des 14 milliards annoncés, les dernières estimations sont d’au moins 20,4 milliards en portage public et de 27,6 milliards d’euros avec un financement en PPP.
La baisse des financements couplée à l’explosion du budget prévisionnel rendent ainsi ce projet infinançable, les collectivités ne pouvant pas assumer seules le poids des investissements nécessaires. Collectivités déjà en grande difficulté financière, qui pour une grande majorité ne profiteront pas de ces nouvelles infrastructures et dont les habitants se sont prononcés à plus de 80% contre le projet lors de l’enquête publique réalisée en 2015.
Une opposition motivée avant tout par le refus d’un projet inutile et anti-écologique. Inutile car il consiste au doublement de voies qui existent déjà, qui ne sont pas saturées et qui peuvent être modernisées pour améliorer les temps de trajet et leur capacité. Anti-écologique parce que ce projet prévoit la destruction de 4800 hectares d’espaces naturels et agricoles avec notamment une atteinte grave à l’écosystème exceptionnel de la vallée du Ciron pour un gain carbone défavorable à 15 ans et sans cesse revu à la baisse.
Nous sommes convaincus que le grand Sud-Ouest a besoin d’investissements ferroviaires importants pour dessiner un avenir des mobilités désirable et réaliste à court ou moyen terme dans lequel le train occupera une place centrale pour les transports du quotidien.
D’ailleurs le Vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge des mobilités a confirmé notre analyse sur les ondes de Radio France: « On n'est plus dans une possibilité financière de pouvoir assumer ces travaux [entretien et rénovation des lignes du quotidien] qui aujourd'hui sont nécessaires, sous peine d'avoir des lignes qui soient encore fermées dans les prochaines années ».
Alors pourquoi s’entêter à dépenser des milliards pour une ligne nouvelle ?
Ainsi nous demandons aux autorités nationales et territoriales compétentes de prendre la mesure de l’opposition quasi-unanime des élus locaux et de la population à ce projet aujourd’hui confortée par le rapport d’évaluation du COI et d’en tirer les conséquences qui s’imposent, à savoir : - - - -
-Un abandon immédiat du projet GPSO/LNSO pour lequel des millions d’euros d’argent public ont déjà été dépensés en pure perte.
-La rénovation et une modernisation de la ligne Bordeaux-Toulouse existante pour en améliorer la capacité et les temps de trajets et garantir aux usagers une meilleure fiabilité dans leurs déplacements quotidiens.
-L’achèvement des travaux engagés (dont 80 % réalisés) sur la ligne Bordeaux-Dax existante pour permettre une liaison rapide avec l’Espagne dès 2030 au titre du MIE (Mécanisme d’Interconnexion Européen).
-Un engagement financier massif dans le développement d’une offre de train du quotidien qui réponde réellement aux besoins des habitants.
A la suite de cet avis du COI il est démontré une nouvelle fois que ce projet de LGV Bordeaux Toulouse ne répond pas aux besoins des habitants, que la branche vers Dax n’y a été greffée que pour aspirer des financements européens finalement non acquis et que tout cela ne se ferait qu’au détriment de la régénération urgente des infrastructures existantes. La fuite en avant n’est pas une option quand on se trouve au bord du gouffre !
Premiers signataires :
Sophie Mette Députée de la Gironde
Loïc Prud’homme Député de la Gironde
Nicolas Thierry Député de la Gironde
Peio Dufau Député des Pyrénées-Atlantiques
Florence Lassarade Sénatrice de la Gironde
Monique de Marco Sénatrice de la Gironde
Colette Capdevielle Députée de la Gironde
Mathilde Feld Députée de la Gironde
Hervé Gillé Sénateur de la Gironde
Laurence Harribey Sénatrice de la Gironde
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